Dans un commentaire sur mon dernier billet "Politique : les nouveaux clivages", Bruno Jargot a attiré mon attention sur un billet de Jacques Attali " Les trois France". Dans son post, Ce dernier analyse la façon dont réagit la France aux coups de butoir de la mondialisation et aux différents projets de réforme.
Il distingue trois catégories de Français, qu'il appelle "les trois France" :
- "La première France est prometteuse. Elle est faite de gens qui ont, d’une facon ou d’une autre, eu la chance d’avoir accès aux savoirs, aux réseaux de relations et aux moyens d’agir. Cette France accepte les réformes, les souhaite, les précède même, par son action. Et, si ces réformes ne sont pas rapides, elle s’en va chercher fortune ailleurs
- La seconde France est solide. Elle regroupe ceux qui, d’une facon ou d’une autre, disposent d’une rente : par héritage ou par statut. Chacun à sa place, les membres de cette France-là font tout pour conserver leur situation. Parmi eux, des gens très modestes, qui n’ont à protéger qu’un emloi. D’autres, beaucoup plus puissants, qui disposent d’immenses rentes de situation et d’obscènes rentes d’information. Ceux là font tout pour ne pas etre concernés par les réformes, parce qu’elles peuvent dégrader leur situation.
- La troisième France est misérable. Elle est faite des millions de gens qui vivent en dessous du seuil de pauvreté, qui n’ont pas d’emploi, pas de logement, pas de formation, pas de crédit, pas de parrain, pas de relation. Ils sont de plus en plus nombreux, pour la plupart des femmes, des jeunes et des personnes âgées."
Une analyse que je partage et dont je partage les conclusions dans la réponse que j'ai formulée au commentaire de Bruno, que je vous invite à lire.
Jacques Attali observe que "La première France y trouverait son interet en comprenant que la troisième est une formidable réserve de créativité : il suffit de voir ce qui se passe dans les banlieues pour prendre conscience du gaspillage actuel de l’extraordinaire potentiel des jeunes de ces quartiers."
La « troisième France » ne mendie pas. Elle revendique le droit de subvenir à ses besoins et de vivre décemment. Lui répondre par des mesures classiques d’aides sociales, sans lui ouvrir les perspectives d’une amélioration de sa situation est à la fois déplacé et inefficace.
Avec le RMA ou le plan banlieues, le gouvernement de Nicolas Sarkozy a opté pour un discours nouveau, volontariste, de refus de l’exclusion. Une politique qui valorise l’effort et les compétences et donne un sens nouveau au concept d’égalité des chances. Une politique impulsée au niveau national, mais qui doit se décliner au niveau local. J'attends de la majorité municipale, conduite par Joëlle Ceccaldi-Raynaud, qui prétend placer le social au premier rang de ses priorités (Maryse Chavrier, premier maire adjoint, est en charge de l'action sociale), qu'elle s'engage sur une voie courageuse et surtout novatrice.
A Puteaux malgré le caractère "résidentiel" de notre commune, la "troisème France" existe. Nous l'avons rencontrée pendant la campagne. Elle se compose de jeunes, de mères célibataires, de familles entières et de personnes âgées. Il est du devoir d'une municipalité, qui est la plus riche de France dans sa strate, de trouver des solutions pour améliorer la vie de ces personnes. Les aides versées chaque mois en liquide par le CCAS, tout comme les contrats précaires d'employés municipaux, ont l'effet du mercurochrome sur une jambe de bois. Ces mesures d'aides sociales classiques ne traitent pas le problème. Au contraire, elles l'entretiennent, elles alimentent le clientèlisme.
La victoire de Joëlle Ceccaldi aux dernières élections est la victoire de la "deuxième France". Celle de ceux qui bénéficient de la rente de leurs avantages. Avantages de la classe dirigeante, proche du pouvoir, celle-là même qui a lâché le père pour la fille qui incarnait mieux la pérennité de leurs privilèges. Celle des plus démunis qui, au prix de leur allégeance bénéficient d'avantages divers, à coups de concours du CCAS, d'invitations à des banquets, de cadeaux et de privilèges divers. Ce n'est pas cela une politique sociale digne.
A Puteaux, la "troisième France" doit venir quémander lors des visites de quartier.
La victoire de Joëlle Ceccaldi n'est pas celle de la "Première France". Ce n'est pas celle de Nicolas Sarkozy. Ce n'est pas celle de la diversité, ni de l'ouverture. Ce n'est pas celle de la rupture ni de l'audace. Ce n'est pas non plus celle de la droite - la majorité municipale est "ceccaldiste" avant d'être de droite -, c'est celle d'un système et du conservatisme ! Il est temps que les Putéoliens ouvrent les yeux et pèsent véritablement sur leur destin.
L'association Nos Quartiers ont des talents - qui oeuvre pour l'employabilité des jeunes issus de la diversité et qui a lancé sa promotion 2008 a Puteaux - a pris contact avec Madame le Maire. Celle-ci l'a orientée vers la directrice de la Maison des associations. Le rendez-vous est resté sans suite. Plusieurs commerçants de la ville - et dieu sait si on a besoin d'eux - attendent depuis des années un logement social. La fondation de la deuxième chance, présidée par Vincent Bolloré et dont le directeur général est Michel Giraud (ancien président RPR de la région Ile de France) a son siège à Puteaux, mais la ville ne profite pas de cette opportunité. Il n'y a aucun dispositif local d'aide à la création d'entreprise pour les jeunes des quartiers... Et ce ne ne sont que quelques pistes parmi tant d'autres !
Pour relever les défis du 21e siècle et saisir les opportunités qui s'offrent à nous, il faut à Puteaux de l'ambition, de l'audace et du renouveau. Nous avons six ans pour préparer cela.
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